Peuplement et maîtrise du territoire Russe
I°) Le plus grand pays du monde
17 millions de km² 11 fuseaux horaires
1°) Le relief
De la mer Baltique aux rives du Ienisseï, plaines et bas plateaux de moins de 350 m donnent un paysage de collines coupé dans toute sa largeur, sur la rive ouest de l’Ob, par les monts Oural, chaîne montagneuse mais pas barrière montagneuse (point culminant 1900 m ), cols très bas. A l’est de l’Oural nous avons une immense plaine de Sibérie, entre l’Ienisseï et la Léna , le plateau sibérien. A l’est de la Léna , Un enchevêtrement de chaînes montagneuses à forte activité sismique en bordure du continent. La partie méridionale de la Sibérie , de la frontière mongole au pacifique est une succession de chaînes montagneuses (de l’Altaï aux monts Stanovoï)
2°) Le climat
La constante Russe : le froid. 1/3 du pays à moins 30 l’hiver et 6 mois de gel. Pourquoi ? Le continent est massif et pas sujet aux influences océaniques, l’essentiel du pays est au dessus du parallèle 50 (Pays bas). Plus on va vers l’est, plus il fait froid : 5 mois sous 0 à Moscou, 8 mois à Iakutsk
Il neige plus qu’il ne pleut, mais pas assez pour protéger du froid. La merzlota, sol gelé en permanence, pose des problèmes de construction. Le printemps est abominable avec la raspoutitsa (fonte des neiges) qui transforme tout en bourbier. L’été est chaud.
Les précipitations sont irrégulières, modestes, souvent insuffisantes dans le sud-ouest.
Toutes contraintes cumulées, 80% du territoire de l’est n’a aucune activité agricole.
3°) Les paysages On les considère du nord au sud.
A La toundra, soumise au climat polaire est le domaine des rennes (mousses, lichens)
B Au sud, la plus grande forêt du monde, 2 formes :
+ La taïga, conifères et bouleaux sur plus de la ½ du pays, quelques espaces au sud sont mis en valeur (élevage, fourrages) mais le bois est la ressource principale. Le sol « podzol » n’est pas bon, (acide)
+ La forêt mixte, de l’Ienisseï va s’élargissant vers l’ouest. Elle est largement défrichée.
C La steppe au sol très fertile, le tchernoziom.
Steppe et de la forêt mixte sont la « Russie utile », la Russie peuplée
II°) Les nouvelles frontières de la Russie
1°) La Russie naît à l’ouest
Steppe et forêt mixte sont à l’origine du peuplement de la Moscovie , cœur de la Russie.
C’est au XVI° siècle que commence la conquête de la Sibérie. Le pacifique est atteint en 1639
Mais c’est une conquête du vide, 500 000 habitants sur 10 millions de km²
La façade maritime de la Baltique ouverte sous Pierre le grand (création de St-Pétersbourg)
Les plaines fertiles du sud sont mises en valeur sous Catherine II.
Au XIX° siècle, la population augmente de l’Oural à la frontière ouest. D’abord la piste puis le transsibérien vont favoriser le peuplement de la Sibérie.
2°) Le renforcement de l’occupation du territoire
Dans les années 30, débute une phase d’industrialisation massive, peur des allemands, renforcement du peuplement de l’est. C’est l’époque de l’expansion des villes de la Volga , de l’Oural et du sud ouest de la Sibérie.
Dans les années 50, mise en valeur des terres à céréales en Sibérie occidentale.
Dans les années 60, la construction de barrages géants entraîne celle de grands combinats d’industrie lourde le long de l’Ienisseï et de l’Angara. De même, la découverte de grands gisements de pétrole « Bakou III » sur l’Ob et d’immenses gisements de gaz naturel sur la même latitude dans le cercle polaire entraîne aussi la création de centres industriels.
Par contre la tentative BAM de front pionnier, faute de moyens, a échoué.
3°) Un nouveau départ.
Depuis 1991, La Russie a retrouvé ses frontières du XVII° siècle, laissant 27 millions de Russes hors des frontières, et perdant le quart de son territoire à l’ouest. Elle perd aussi l’essentiel de ses façades maritimes sur la Baltique et la mer Noire ne comportant que peu de cotes sous équipées.
La chute de l’empire soviétique a cassé toutes les relations et les dépendances entre villes et états de l’Union, il faut donc réorganiser toutes les filières industrielles du nouveau pays.
Le plus gros problème pour la Russie reste l’atteinte à l’environnement, héritage de l’URSS.
L’éclatement de l’Union force la Russie à repenser toute l’organisation du territoire.
III°) Les défis humains de la Russie.
1°) Un peuplement inégal.
147 millions d’habitants, 9 au km², mais accroissement naturel négatif.
80% de la population sur le ¼ occidental du territoire, avec la plupart des grandes villes, le meilleur climat, les meilleures terres, le meilleur réseau de communication.
Tout à fait au sud, le Caucase est bien peuplé, tout le contraire du grand nord européen.
A l’est de la Volga, le peuplement se délite, même si l’Oural, vestige de l’ère soviétique, dans sa partie méridionale reste un pôle de concentration de population.
Au delà de l’Oural, 6 habitants au km² disposés essentiellement le long du transsibérien dans la Sibérie méridionale.
Plus à l’est après Irkoutsk, moins de 2 habitants au km²
2°) La diversité ethnique
Plus d’une centaine de nationalités. Les Russes représentent 82% des 86% de Slaves. Les turco-mongols (Tatars, Bachkirs) musulmans sont 5%, les finno-ougriens 3%, sur la Volga. Sur les contreforts du Caucase sont installées de nombreuses ethnies numériquement faibles comme les Avars, les Tchétchènes, musulmans, les Ossètes orthodoxes ou les Kalmouks bouddhistes. Dans la Sibérie orientale, quelques ethnies se partagent 1% de la population totale (les Iakoutes.)
3°) Une société nouvelle ?
Inégalité peuple et nomenklatura accentuée par passage aux nouvelles structures économiques et politiques. 1/3 sous seuil de pauvreté. Baisse de l’IDH. Quels sont les perdants : les fonctionnaires, les retraités, les ouvriers de l’industrie lourde. Les nouveaux riches, les nouveaux russes, affairistes.
Mais se développe aussi une classe moyenne que révèle l’augmentation du parc automobile et la multiplication des résidences secondaires datchas.
4°) Enjeu du contrôle du pouvoir.
La structure de l’état est fédérale, il y a des régions « oblasts » et des « républiques » autonomes. C’est dans ces républiques que se manifestent des velléités d’indépendance (Tchétchénie) A la disparition de l’URSS, ces républiques ont récupéré toutes les richesses de leur sous sol. Aujourd’hui, les dirigeants des oblasts réclament les mêmes avantages. Peut on en conclure à un éclatement de la Russie ? L’avenir le dira mais l’affaire Tchétchène est à suivre.
IV°) Le contrôle des ressources naturelles.
1°) D’énormes contraintes.
Les ressources sont considérables mais dispersées sur un territoire immense.
En Russie occidentale, 2 riches régions minières : l’Oural et la péninsule de Kola. A part l’AMK (½ du fer Russe) toutes les autres ressources métallifères sont en Sibérie et en extrême orient, la région de Norilsk (cuivre, nickel) la Iakoutie (or, diamant), la transbaïkalie (m non ferreux.)
Exploitées plus tôt, les ressources énergétiques de la partie occidentale sont insignifiantes. La Sibérie produit 80% du charbon, 75% du pétrole et 90% du gaz naturel.
L’immense forêt est une fantastique réserve de bois, elle est plus exploitée à l’ouest qu’en Sibérie.
Actuellement, beaucoup de ressources ne sont pas exploitées (difficultés d’accès ou d’exploitation.)
2°) Beaucoup de ressources et peu de gens.
Mis à part le minerai de fer de l’AMK, toutes les ressources de base se trouvent dans l’est ou le nord du pays. Alors que les activités et la population sont à l’ouest. La tendance sera difficile à renverser car les conditions de vie sont dures en Sibérie. Nous avons donc un sud ouest qui assure 75% de la production industrielle et qui renvoie même une partie de la production en Sibérie
Les voies de communication peu denses de l’époque soviétique sont saturées par ces flux croisés.
3°) Le problème des transports
Le réseau de transport est peu dense et vétuste, les problèmes de maintenance (chemins de fer, oléoducs). Le transport routier représente très peu (moins de 1% du trafic) Le réseau routier est médiocre, mal entretenu et il y a peu de camions. Quant aux fleuves, ils ne sont pas dans le bon sens ! Le gel et la débâcle interdisent la circulation sur l’eau pendant 9 mois. L’Océan Glacial Arctique n’est navigable que 2 mois/an
De plus, une partie du réseau de transport est aujourd’hui en territoire étranger
La Russie doit restructurer une partie de ses réseaux pour garder la maîtrise du transport de l’énergie.
V°) Un territoire inégalement maîtrisé
1°) Contraste de la mise en valeur
Dissymétrie fondamentale entre l’est et l’ouest
La Russie d’Europe, 100 millions d’habitants sur le ¼ du territoire a 2 grands pôles urbains, Moscou et Saint Pétersbourg, plus l’axe de la Volga. Ce centre produit 75% de la production industrielle. Nous devons relativiser car cette zone dépasse rarement les 50 habitants au km².
En Sibérie, le climat, les coûts de transport, l’absence de main d’œuvre, de débouchés expliquent les localisations ponctuelles des activités industrielles et de l’urbanisation. Cette région exploitée de façon coloniale reste une périphérie productrice de produits de base.
2°) Un espace industriel déséquilibré.
Dans le projet soviétique, les régions industrielles sont les zones urbaines.
Aujourd’hui, l’espace industriel Russe localisé dans la partie européenne. En premier vient Moscou spécialisée dans l’industrie légère et reliée aux ouvertures maritimes de la Baltique par Saint Pétersbourg (2° centre industriel du pays) et de la mer Noire par Rostow et Novorossisk
L’Oural et la Volga sont de très grandes régions industrielles (métallurgie, Chimie)
A l’est de l’Oural, les foyers ponctuels s’égrènent le long du transsibérien. 2 villes au dessus des autres : Novossibirsk, capitale de la Sibérie et Vladivostok extrémité est du transsibérien.
On distingue 2 régions industrielles, le Kouzbass (métallurgie) et l’ensemble Ienisseï - Angara qui attire les gros consommateurs d’énergie (aluminium, papier.)
3°) L’agriculture
Elle se situe sur les terres noires ; partie des confins de l’Ukraine, elle s’amincit vers l’est pour disparaître à Omsk. C’est le grenier agricole de la Russie (2/3 du blé, 9/10 du tournesol, du sucre) Le reste se récolte au nord ouest. La Sibérie ne compte quasiment pas. L’agriculture est le maillon faible de l’économie, elle manque de tout : engrais, matériels, moyens de stockage, capitaux … elle est peu productive et le pays doit importer. Elle est toujours collectivisée (seulement 1°% au privé)
La Russie reste un grand pays agricole grâce à son étendue.
VI°) L’espace Russe désorganisé ?
1°) Redéfinir les rapports centre -périphéries
Avant 1991, Moscou centre unique de l’URSS, aujourd’hui, profitant de la faiblesse du pouvoir central, les pouvoirs régionaux, « Républiques » ou « Oblasts » se sont imposés notamment dans le domaine économique (contrôle des ressources minières, possibilité de privatiser, mainmise sur l’administration …) Le « centre » géographiquement excentré n’a pas les moyens de réagir et l’espace Russe a perdu de sa cohérence.
2°) Une fronde des régions.
Seule la Tchétchénie a posé ses revendications en termes d’indépendance. Ailleurs, l’autonomie politique est suffisante, c’est sur l’économie que portent les exigences régionales.
Les régions riches essaient d’en tirer profit et ne veulent pas partager.
Les régions à industrie lourde, vétuste sont en mal de débouchés, elles essaient de produire pour le marché local et de pratiquer le troc avec les régions voisines.
Les régions frontières se livrent aux trafics entre intérieur et extérieur.
Les régions peu favorisées (majoritaires) pratiquent le troc.
Moscou est encore le maître mais l’équilibre régional est fragile.
3°) Le contraste villes -campagnes
Il est très accusé parce que les soviétiques n’envisageaient pas d’investissements dans le monde rural. Ici, seulement 30% de logements avec eau potable. Avec la crise agricole, l’exode rural se poursuit et vide la campagne de ses jeunes. Pourtant les villes Russes ne sont pas les villes européennes.
13 villes dépassent le Million d’habitants, mais en dehors de Moscou, les fonctions de commandement des villes sont très réduites, et mal équipées pour qu’il en soit autrement. Peut être des centres comme Saint Pétersbourg, Novossibirsk, Samara, Nijni Novgorod réussiront elles à jouer un rôle dans l’organisation de l’espace Russe ?
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